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ARMENIE
Arménie : L’état d’urgence décrété

dimanche2 mars 2008, par Stéphane/armenews


Une manifestation de l’opposition arménienne a dégénéré en scènes de pillage samedi soir à Erevan, où le président sortant Robert Kotcharian a décrété l’"état d’urgence" après des heurts avec les policiers, dont huit ont été blessés par balle selon les autorités.

Au départ, les 6.000 à 8.000 manifestants réunis sur une place du centre d’Erevan contestaient l’assignation à résidence du chef de l’opposition, Levon Ter-Petrossian, "vrai vainqueur" selon eux de la présidentielle du 19 février à la place du Premier ministre Serge Sarkissian, le candidat du pouvoir.

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Ils réclamaient également l’organisation d’un nouveau scrutin, comme le font quotidiennement depuis le 20 février des dizaines de milliers de manifestants dans cette ex-république soviétique du Caucase voisine de la Géorgie.

Tout a commencé avec le jet de cocktails Molotov sur des policiers anti-émeutes par des manifestants excédés, qui ont ensuite incendié des dizaines de voitures et les ont massées en des barricades de fortune.

"Je déclare l’état d’urgence dans la ville d’Erevan du 1er au 20 mars" afin de "mettre fin à la menace à l’ordre" public, a alors annoncé le chef de l’Etat sortant dans un communiqué.

Tandis que des manifestants se mettaient à piller des magasins, dérobant bouteilles et ordinateurs, les policiers ont disparu des artères touchées par les désordres.

Huit policiers ont été blessés par balle, dont certains grièvement, selon la police.

Lors des affrontements, un journaliste de l’AFP a vu la police tirer des coups de semonce en l’air, sans observer d’échange de tirs.

Il a également vu des blessés dans les rangs des manifestants, portant des traces de coups de matraque ou de brûlures, évacués par les manifestants eux-mêmes en l’absence d’ambulances. Aucune confirmation sur le nombre de blessés n’a pu être obtenue auprès des hôpitaux.

"Le pouvoir est entièrement responsable de ces affrontements. Nous avions dit que, pour que la situation se règle pacifiquement, il fallait que Levon Ter-Petrossian puisse aller parler à ses partisans", a réagi le porte-parole de M. Ter-Petrossian, Arman Moussinian, interrogé par l’AFP.

"L’état d’urgence, c’est tout ce que voulait le pouvoir", a-t-il encore dit, précisant qu’aucune manifestation n’était prévue dimanche, par souci de "respecter la loi" sur l’état d’urgence, qui interdit les rassemblements.

"Désormais, le président, c’est le peuple !", s’est exclamé un des manifestants, Arsen Nikaelian, sur une avenue de la capitale arménienne en proie à des scènes de pillage. "On a été forcé d’agir comme ça", a-t-il ajouté.

"Tous ces jours-ci, on a manifesté pacifiquement, sans faire de mal à personne. C’est eux qui nous ont attaqués. Maintenant, on répond", s’est-t-il exclamé.

Les incidents ont en effet débuté à l’aube samedi, quand des policiers anti-émeute ont détruit le village de tentes planté depuis plusieurs jours sur la place de la Liberté.

Les 1.500 manifestants qui y campaient, sur le modèle de la Révolution orange de fin 2004 en Ukraine, avaient été violemment dispersés.

C’est alors que M. Ter-Petrossian, présent au côté des manifestants, avait été arrêté puis assigné à résidence.

La présidence slovène de l’Union européenne a appelé samedi le gouvernement arménien à libérer Levon Ter-Petrossian, se disant "profondément préoccupée".

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a réclamé lui aussi la "libération immédiate" de celui qui fut président de l’Arménie de 1991 à 1998.

Selon les chiffres du ministère de la Santé, 31 personnes avaient alors été blessées, attisant la colère des manifestants, pacifiques jusqu’ici. Les opposants affirment que 16 personnes ont été arrêtées à ce moment-là.

La police a annoncé la saisie d’armes, notamment à feu, mais l’opposition qualifie de "provocation" les accusations de préparation d’un coup d’Etat.


Photos Max Sivaslian


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